Matrices : Quantifier l’analyse qualitative dans NVivo

La quantification des résultats d’une analyse qualitative à l’aide de matrices est un sujet de débats récurrent. Si les chercheurs mobilisant l’analyse de contenu ont, depuis de nombreuses années, cherché à quantifier les résultats de leurs analyses qualitatives (Bardin, 2013 ; Bernard, 2011 ; Blanc, Drucker-Godart et Elminger, 2014), les méthodes les plus exploratoires ont tendance à écarter toute quantification afin de privilégier des modes de restitution des résultats plus littéraires (et fortement contextualisés). Ainsi, Corbin et Strauss (2007, p.335) – qui sont deux des principaux contributeurs de la théorisation enracinée – formulent un avertissement aux chercheurs tentés par la quantification : « Souvenez vous que le principal objectif de la recherche qualitative est la découverte et pas le test d’hypothèses. Au tout début de sa recherche, l’analyse ne sait pas forcément quelles variables sont importantes, ce que sont leurs dimensions ou sur quelles dimensions elles peuvent évoluer. » Ce point de vue est également défendu par Lejeune (2014, p.124) qui considère que « les procédures de la recherche qualitative sont spécifiques » et que « leur validité ne provient pas du nombre ou de la quantification. »

Les matrices d’encodage constituent le principal outil de quantification des résultats de l’analyse qualitative offert par NVivo. Même si cette possibilité est offerte par le logiciel, elle ne constitue aucunement un passage obligé dans toute analyse qualitative. Charge au chercheur d’utiliser cet outil avec discernement en tenant compte des objectifs de sa recherche et de la méthode d’analyse qu’il mobilise.

Pour pouvoir créer des matrices d’encodage et quantifier les résultats de votre analyse, vous devez préalablement avoir créé ou importé des sources dans votre projet NVivo, réalisé un codage et, si possible, construit et renseigné les caractéristiques (classifications) du projet.

Enjeux liés à la quantification

Comme l’expliquent Johnson, Langley, Melin et Whittington (2007, p.77), « la quantification peut s’avérer particulièrement utile lorsqu’il est nécessaire de catégoriser ou de résumer des observations qualitatives, de réaliser une forme de confirmation ou de triangulation des jugements qualitatifs, de comparer des cas, des périodes ou d’autres unités d’analyse en vue d’effectuer des généralisations ».

La citation qui précède permet de montrer qu’il n’existe pas qu’une seule manière de quantifier les résultats d’une recherche qualitative. Selon l’approche retenue, la quantification pourra par exemple être utilisée pour :

  • Garantir la traçabilité de l’analyse en indiquant au lecteur le volume de données ayant permis de faire emerger chaque catégorie de la grille de codage.
  • Comparer les nœuds qui apparaissent dans plusieurs types de données afin de trianguler.
  • Comparer les nœuds qui apparaissent dans les entretiens collectés par les différents membres de l’équipe pour s’assurer de l’homogénéité de la procédure de collecte des données.
  • Comparer la fréquence d’apparition de nœuds chez plusieurs groupes de répondants regroupés en fonction de variables socio-démographiques telles que l’âge, la profession ou encore le sexe (e.g. Garrouste-Orgeas et al., 2014).
  • Comparer la fréquence d’apparition de certains thèmes dans la littérature (e.g. Bartunek et Rynes, 2010).
  • Comparer les nœuds qui apparaissent dans plusieurs organisations (e.g. Langley, 1989).
  • Analyser l’évolution de la fréquence d’apparition d’un nœud au fil du temps (ce qui suppose d’avoir collecté des données renvoyant à différentes périodes, Langley, 1999).
  • Analyser les co-occurences de certains nœuds pour explorer leurs relations.
  • Tester des hypothèses relatives à la fréquences d’apparition de certains nœuds dans certains contextes (e.g. Barley, 1986).
  • Construire des variables de mesure sur la base d’un codage en vue d’une analyse statistique (e.g. Deephouse, 2000).

Avant d’entrer dans les considérations techniques liées à l’utilisation des matrices d’encodage dans NVivo, il nous semble nécessaire de soulever un certains nombre de points de vigilance liés à la quantification.

Enjeux liés à la nature de la recherche

La démarche consistant à quantifier les résultats d’une analyse qualitative peut introduire un certain nombre de confusions liées à la nature de la recherche et peut « déclencher un état d’esprit hypothético-déductif chez le lecteur » (Pratt, 2009, p.858). Elle peut également introduire un doute sur le caractère automatique ou interprétatif de l’analyse. Rappelons ici que les méthodes d’analyses couvertes par le logiciel NVivo impliquent un codage des données. Elles reposent donc largement sur les capacités d’interprétation du chercheur. Comme le remarque Bernard (2011), a propos de l’analyse de contenu, la quantification n’intervient que tardivement dans l’analyse puisqu’elle n’est possible qu’une fois que le codage a été effectué.

Most content analysis, however, is […] based on the tried-and-true method of coding a set of texts for themes, producing a text-by-theme profile matrix, and then analyzing that matrix with statistical tools […]. You code themes on the fly, as you read the text on the screen, and the program produces the text-by-theme matrix for you. (Bernard, 2011, p.472).

Cette précision permet de souligner une différence notable entre les méthodes reposant sur un codage des données et les méthodes reposant sur une analyse lexicale de ces dernières. A l’inverse des analyses pratiquées à l’aide de NVivo, les analyses lexicales ne reposent pas sur un codage préalable des données par le chercheur mais sur une analyse automatisée de fréquences d’apparition et des co-occurences des mots et/ou des expressions figurant dans les données. Dans les analyses lexicales, la quantification est pour ainsi dire inhérente à la méthode et s’appuie fréquemment sur des analyses factorielles. La situations est différente dans le cadre des analyses qualitatives reposant sur un codage où la quantification n’est qu’un prolongement possible.

Une autre confusion fréquemment observée renvoie à la notion de méthodes mixtes (mixed methods). Les chercheurs se livrant à une quantification des résultats de leurs analyses qualitatives ont en effet tendance à invoquer les méthodes mixtes (qui combinent méthodes qualitatives et méthodes quantitatives) pour justifier leur démarche. Comme l’indique Creswell (2014, p.215), la notion de méthodes mixtes est beaucoup plus restrictive. Elle renvoie à une « approche consistant à collecter à la fois des données quantitatives et qualitatives, à intégrer les deux formes de données en utilisant des designs de recherche différents qui peuvent reposer sur des cadres conceptuels et des postulats philosophiques différents ».

Comme le montrent Creswell et Plano Clark (2011), les travaux s’inscrivant dans les méthodes mixtes reposent donc sur un design de recherche intégrant au moins une composante quantitative et au moins une composante qualitative. Une démarche fréquente consiste, par exemple, à réaliser une phase qualitative conduite sur la base d’entretiens et d’une analyse de contenu afin de définir les échelles de mesures utilisées lors d’une phase quantitative ultérieure. Cette démarche (qualifiée par Creswell et Plano Clark d’Exploratory Sequential Design) n’est cependant pas la seule approche possible en méthodes mixtes. On renverra le lecteur souhaitant approfondir cette question et découvrir l’ensemble des designs possibles reposant sur des méthodes mixtes à l’ouvrage de ces deux auteurs. Dans tous les cas, les méthodes mixtes ne sauraient se limiter à une quantification des résultats d’une analyse qualitative.

Expliquez clairement quel type de recherche vous souhaitez réaliser. N’utilisez pas la quantification dans un but de légitimation vis-à-vis d’évaluateurs éventuels. Quantifiez les résultats de votre analyse qualitative si, et seulement si, vous jugez que c’est pertinent par rapport à la nature de votre projet de recherche.

Enjeux liés à la définition de l’unité de codage

La quantification rend nécessaire plusieurs précautions lors du processus de codage. Dans la mesure où elle repose fréquemment sur un comptage du nombre d’occurrences des principaux thèmes de l’analyse (on parlera désormais de références pour reprendre la terminologie utilisée dans NVivo), la quantification implique une définition stricte de l’unité de codage (Bernard, 2011). En effet, selon que le chercheur aura pour habitude d’assigner des codes à l’intégralité des sources, à des paragraphes, à des phrases, à des segments de phrases ou à des mots, le nombre de références pourra varier sensiblement.

Il n’existe pas de réponse définitive à la question du choix de l’unité de codage (Allard-Poesi, 2003 ; Blanc, Drucker-Godard, Ehlinger, 2014). On conseillera néanmoins au lecteur envisageant de s’engager dans un exercice de quantification des résultats de l’analyse qualitative d’adopter une unité de codage cohérente tout au long de son projet.

Nous allons voir dans les paragraphes suivants que NVivo permet d’utiliser le nombre de références comme unité de quantification mais que d’autres solutions sont possibles telles que la quantification du nombre de mots encodés par un nœud, la quantification ou nombre de sources dans lesquelles un nœud apparait ou encore – comme le montre l’illustration suivante – la quantification de cas (individus ou organisations) faisant référence à un nœud particulier.

Exemple de quantification des résultats de l'analyse qualitative par nombre de répondants mentionnant un thème (Miles, Huberman et Saldaña, 2014, p.283).

Exemple de quantification des résultats de l’analyse qualitative par nombre de répondants mentionnant un thème (Miles, Huberman et Saldaña, 2014, p.283).

Définissez précisément votre unité de codage. Conservez la même unité de codage tout au long de l’analyse. Si vous cherchez à présenter des fréquences d’apparition sous forme de pourcentages, veillez à faire en sorte qu’un passage ne soit codé que par un seul nœud et que chaque passage soit codé (conformément aux prescriptions en vigueur dans l’analyse de contenu, Bardin, 2013). Vous pouvez également choisir de ne pas quantifier des références mais des individus ou des organisations. C’est alors le niveau d’analyse de votre recherche qu’il convient de clarifier et de mettre en cohérence avec les caractéristiques (classifications) de votre projet NVivo. Posez-vous la question : « qu’est-ce que j’ai envie de compter ? » ou « qu’est-ce que j’ai envie de comparer ? »

Enjeux liés au processus d’échantillonnage

Comme nous l’avons indiqué plus tôt, la quantification des résultats d’une recherche qualitative fait l’objet de débats vigoureux. Une des raisons les plus fréquemment mises en avant par les auteurs les plus critiques vis-à-vis de la quantification tient à la taille des échantillons et à la nature des processus d’échantillonnage généralement utilisés dans la recherche qualitative.

Selon Pratt (2009, p.858), la quantification est particulièrement problématique pour les recherches s’appuyant sur un nombre limité d’entretiens. « Bien qu’elle ne soit pas forcément problématique dans le cas de données de seconde main ou quand un chercheur possède un grand nombre d’unités à analyser – explique-t-il – la quantification a tendance à desservir les recherches qualitatives adoptant un échantillon de petite taille ».  Au-delà de la taille – souvent réduite – des échantillons composés de données qualitatives, c’est le processus d’échantillonnage qu’il convient de questionner. Dans la plupart des recherches qualitatives, l’échantillon n’a pas vocation à être représentatif d’une population : il est construit de façon délibérée et non-probabiliste par le chercheur selon un principe de purposeful sampling (Emmel, 2013)Le chercheur pourra ainsi chercher à accentuer les cas extrêmes (maximum variation sampling), à collecter des données en fonction des manques observées dans la conceptualisation émergeant au cours du projet de recherche (theoretical sampling) ou encore, à profiter du réseau des répondants déjà interrogés (snowball sampling). Cette différence d’approche en matière d’échantillonnage conduit Lejeune (2014, p.124) à considérer que « la façon même dont la recherche [qualitative] est construite exclut les quantifications ».

En conclusion, le risque pour un chercheur utilisant la quantification de façon non pertinente est de combiner « le pire des deux mondes : pas assez de données pour réaliser des tests statistiques et une présentation anémique de données qui étaient pourtant riches » (Pratt, 2009, p.858).

Définissez précisément votre procédure d’échantillonnage (par exemple à l’aide de l’ouvrage de Emmel, 2013) et interrogez-vous sur sa compatibilité avec la quantification des résultats de votre analyse qualitative que vous envisagez.

Les matrices d’encodage : un outil pour la quantification

Les matrices d’encodage constituent le principal outil permettant de quantifier les résultats de l’analyse qualitative des données dans NVivo. Au-delà de la quantification, elles permettent également d’explorer les intersections entre des nœuds thématiques ou entre des nœuds et des valeurs d’attributs (des classes d’âge ou des professions par exemple) afin d’approfondir l’analyse.

Créer une matrice d’encodage à l’aide de l’assistant

La manière la plus simple de créer une matrice d’encodage consiste à utiliser l’Assistant de requête (Query Wizard). Ce dernier est accessible par le biais de l’onglet Requête (Query) du ruban de navigation ou du menu contextuel (clic droit) à partir du volet Requêtes (Queries) et du dossier du même nom.

Vous pouvez accéder à l'assistant de requête par le biais du menu contextuel (clic droit) à partir du dossier requêtes (queries).

Vous pouvez accéder à l’assistant de requête par le biais du menu contextuel (clic droit) à partir du dossier requêtes (queries).

L’assistant de requête vous permet de construire simplement quatre types de requêtes : recherche textuelle, fréquence de mots, encodage, matrice d’encodage. C’est cette dernière option que vous allez devoir sélectionner. Une fois sélectionnée la quatrième puce de la liste, cliquez sur Suivant (Next).

A partir de la boite de dialogue de l'assistant de requête, sélectionnez l'option requête d'encodage matriciel (matrix coding query)

A partir de la boite de dialogue de l’assistant de requête, sélectionnez l’option requête d’encodage matriciel (matrix coding query).

Vous allez pouvoir successivement définir les lignes (rows) et les colonnes (columns) de votre matrice. Deux solutions s’offrent à vous :

  • Vous pouvez soit sélectionner de façon discrète des éléments du projet en cliquant sur Ajouter des éléments sélectionnés (Add Selected Items). Cette option vous permettra, par exemple, de définir une liste de nœuds thématiques à faire apparaitre dans les lignes de la matrice ou des valeurs d’attributs (une ligne pour le sexe « homme » et une ligne pour le sexe « femme » par exemple). Une nouvelle boite de dialogue apparait afin permettre de cocher les éléments que vous souhaitez faire apparaitre en ligne. Une fois que vous avez réalisé votre sélection, cliquez sur Ok.
  • Vous pouvez également créer des classes sur la base de valeurs d’attributs numériques (nombre entiers, nombre décimaux, date ou durée) en cliquant sur Ajouter une condition d’attribut (Add Attribute Condition). Cette option vous permettra, par exemple, de créer une classe « individus âgés de 15 à 25 ans » sur la base d’une caractéristique de cas (case classification) préexistante. Une nouvelle boite de dialogue apparait afin permettre de construire chaque condition d’attribut.
La construction de votre matrice commence par la définition des lignes.

La construction de votre matrice commence par la définition des lignes.

Dans l’exemple suivant, les lignes correspondent à des années. Ces années ont préalablement été définies dans une caractéristique de source (source classification) sous la force d’un attribut (attribut) de type nombre entier (integer). La principale difficulté technique consiste ici à retrouver les éléments dont vous avez besoin dans les différents dossiers du projet NVivo.

Une boite de dialogue vous permet de sélectionner les éléments correspondant aux lignes ou aux colonnes de votre matrice.

Une boite de dialogue vous permet de sélectionner les éléments correspondant aux lignes ou aux colonnes de votre matrice.

Une fois que vous avez effectué la sélection et cliqué sur Ok, l’ordre des éléments peut être modifié à l’aide des boutons monter/descendre figurant en dessous de la liste (triangle vers le haut, triangle vers le bas).

L'ordre des éléments figurant dans les lignes ou dans les colonnes peut être modifié dans l'assistant ou ultérieurement.

L’ordre des éléments figurant dans les lignes ou dans les colonnes peut être modifié soit dans l’assistant, soit ultérieurement.

Vous pouvez désormais cliquer sur Suivant (Next) pour définir les colonnes de votre matrice. La procédure est alors identique (sélection des éléments figurant en colonne ou construction de conditions d’attributs). Dans mon exemple, j’ai choisi d’utiliser des Nœuds (Nodes) comme colonnes de la matrice (diagnostic interne et diagnostic externe).

La procédure est la même pour définir les colonnes de la matrice.

La procédure est la même pour définir les colonnes de la matrice.

L’étape suivante vous invite à préciser le périmètre de votre recherche. Vous pouvez construire votre matrice sur la base de toutes les sources qui figurent dans votre projet ou restreindre la requête à des ensembles (sets) ou à des dossiers (folders) spécifiques qu’il convient alors de préciser.

La quatrième vous permet de spécifier le périmètre de la requête d'encodage matriciel.

La quatrième vous permet de spécifier le périmètre de la requête d’encodage matriciel.

Avant d’exécuter la requête, une dernière étape vous invite à indiquer si vous souhaitez sauvegarder la requête en cochant l’option Ajouter cette requête au projet (Add this Query to Project). Dans ce cas, il faudra alors préciser le nom de cette requête et, si vous le souhaitez, ajouter une description. A la différence des requêtes de recherche textuelle, de fréquence de mots et d’encodage, il n’est pas possible d’enregistrer les requêtes d’encodage matricielles une fois qu’elles ont été exécutées.

Si vous envisagez de réutiliser la requête (construire la même matrice lorsque vous aurez ajouté des sources supplémentaires ou continué à coder les données), vous devez donc impérativement ajouter la requête au projet avant de l’exécuter. Dans le doute, nous vous conseillons toujours d’enregistrer vos requêtes.

La dernière étape vous permet d'enregistrer votre requête.

La dernière étape vous permet d’enregistrer votre requête.

Vous pouvez alors cliquer sur Exécuter (Run) pour visualiser votre matrice d’encodage. La matrice d’encodage se présente sous la forme d’un tableau à double entrée dans lequel figurent des éléments du projet en lignes (il s’agit ici de valeurs d’attributs) et en colonnes (il s’agit ici de nœuds). Comme nous allons le voir, cette matrice permet à la fois d’afficher les intersections des lignes et des colonnes afin d’explorer les co-occurences et d’approfondir l’analyse, mais aussi de quantifier l’analyse.

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La matrice d’encodage permet à la fois d’explorer les co-occurences et de quantifier les résultats de l’analyse.

Utiliser la matrice comme un outil pour approfondir l’analyse

Une première utilisation de la matrice consiste à explorer les intersections entre les éléments figurant en lignes et les éléments figurant en colonne. Cette fonctionnalité reprend le principe des requêtes d’encodage lorsque ces dernières sont construites sur la base d’un principe d’intersection. Selon la matrice d’encodage qui aura été construite, on pourra étudier l’évolution de nœuds au fil du temps, comparer les données recueillies auprès de plusieurs groupes de répondants ou dans plusieurs organisations, analyser les relations entre des concepts en explorant leurs co-occurences, etc.

Pour explorer l’intersection entre deux items (ex : le contenu du nœud « diagnostic interne » pour les sources collectées en 2004), double-cliquez sur la cellule correspondante. Vous verrez alors apparaitre un onglet permettant de visualiser les références concernées et éventuellement, d’affiner le codage des données qui sont affichées.

Changer l’unité de quantification

Par défaut, l’unité de quantification utilisée dans les matrices d’encodage est le nombre de références. Pour rappel, les références correspondent au nombre de passages non-contigus couverts par une catégorie de l’analyse. Il faut donc lire le chiffre 4 qui figure dans la cellule A1 de la matrice affichée plus haut comme : « il y a 4 références du nœud diagnostic externe figurant dans les données collectées en 2004 ».

Comme nous l’avons vu précédemment, cette unité de quantification (les références) demeure extrêmement sensible au style de codage et requiert qu’un processus strict de codage soit mis en place en amont. NVivo offre cependant la possibilité d’utiliser d’autres unités de quantification. Pour faire apparaitre les options possibles, affichez le menu contextuel (clic droit) à partir du contenu de la matrice.

Le menu contextuel vous permet de modifier l'unité de quantification utilisée dans la matrice d'encodage.

Le menu contextuel vous permet de modifier l’unité de quantification utilisée dans la matrice d’encodage.

Vous pouvez ainsi afficher :

  • Le nombre de sources dans lesquelles l’intersection entre les éléments figurant en ligne et ceux figurant en colonne est non nulle (ex : « 2 entretiens faisaient référence au diagnostic externe en 2004 »). Pour utiliser cette option, cliquez sur Sources encodées (Sources Coded).
  • Le nombre de cas dans lesquels l’intersection entre les éléments figurant en ligne et ceux figurant en colonne est non nulle (ex : « 2 répondants ont fait référence au diagnostic externe en 2004 » ou « la question du diagnostic externe a été mentionnée dans 1 organisation en 2004 »). Pour utiliser cette option, cliquez sur Cas encodés (Cases Coded). Cette solution s’appuie sur un travail de codage et de caractérisation préalable des cas.
  • Le nombre de mots couverts par l’intersection entre les éléments figurant en ligne et ceux figurant en colonne. Pour utiliser cette option, cliquez sur Mots encodés (Words Coded).
  • La durée correspondant à l’intersection entre les éléments figurant en ligne et ceux figurant en colonne (sources audio et video uniquement). Pour utiliser cette option, cliquez sur Durée encodée (Duration Coded).
  • Les pourcentages en lignes ou en colonnes. Ces pourcentages sont calculés sur la base du nombre de caractères et supposent donc, que les éléments considérés (en ligne ou en colonne) couvrent les sources de façon exhaustive et soient mutuellement exclusifs. Pour utiliser ces options, cliquez sur Pourcentage rangée (Row Percentage) ou Pourcentage colonne (Column Percentage)
  • Une réponse booléenne Yes/No permettant de s’avoir s’il existe une intersection entre les éléments figurant en ligne et en colonne. Pour utiliser cette option, cliquez sur Codage existant (Coding Presence).

Le comptage des sources et le comptage des cas (ex : individus ou organisations) constituent les unités de quantification les plus facilement compréhensibles par les lecteurs n’ayant pas participé au processus d’analyse ou n’étant pas familiers de l’utilisation de NVivo.

Modifier l’aspect général de la matrice

NVivo offre de nombreuses possibilités pour modifier l’aspect général de la matrice. Nous ne présenterons ici que les trois principales.

Il est tout d’abord possible de changer l’ordre de présentation des lignes et colonnes de la matrice. Pour ce faire, affichez l’onglet Disposition (Layout) du ruban de navigation. Après avoir sélectionné une ligne ou une colonne en cliquant sur son intitulé, vous pourrez utilisez les boutons Vers le haut (Move up)/ Vers le bas (Move Down) ou Vers la gauche (Move Left)/ Vers la droite (Move Right) pour la déplacer.

Le bouton Transposer (Transpose) permet quant à lui d’inverser les lignes et les colonnes de la matrice.

La plupart des options permettant de personnaliser l'apparence d'une matrice sont accessibles par le biais de l'onglet Disposition du ruban de navigation.

La plupart des options permettant de personnaliser l’apparence d’une matrice sont accessibles par le biais de l’onglet Disposition du ruban de navigation.

Le menu contextuel offre une autre option intéressante pour modifier l’apparence de la matrice. Vous pouvez en effet ajouter des couleurs afin de traduire les variations des chiffres affichés dans les cellules. Pour y parvenir, affichez le menu contextuel (clic droit) à partir de la matrice et choisissez une des options disponibles dans le menu Ombrage de la cellule (Cell Shadow).

Visualiser une matrice d’encodage à l’aide de diagrammes

Les options de visualisation les plus intéressantes sont accessibles depuis l’onglet latéral Graphique (Chart) qui permet d’afficher les données de la matrice sous forme d’histogrammes ou de diagrammes en radar.

Exemple de diagramme généré sur la base d'une matrice d'encodage

Exemple de diagramme généré sur la base d’une matrice d’encodage

Une fois l’onglet ouvert, un nouvel onglet Outils de graphiques (Charts Tools) apparait dans le ruban de navigation. Il vous permet de modifier le type de diagramme affiché à partir de la matrice en choisissant parmi les 12 options disponibles.

En plus de la possibilité de manipuler visuellement les résultats de l’analyse qualitative, les graphiques constituent un outil puissant pour approfondir l’analyse. En effet, vous pouvez accéder aux données brutes du projet en effectuant un clic droit sur une des composantes du graphique.

Exporter une matrice d’encodage ou un graphique

Le menu contextuel vous permet, par ailleurs, d’exporter une matrice sous forme de fichier Excel ou un diagramme au format image. Il vous suffit d’afficher le menu contextuel (clic droit) sur la matrice ou sur le graphique que vous souhaitez exporter et de cliquer sur Exporter la matrice de croisements (Export Node Matrix) ou Exporter un graphique (Export Chart).

Quelques conseils liés à l’utilisation des matrices d’encodage

Pour conclure ce billet, nous mettons à votre disposition plusieurs conseils issus de notre propre expérience des matrices dans NVivo.

Commencez par dessiner votre « matrice idéale » sur une feuille de papier

Au-delà du fonctionnement du logiciel que les utilisateurs perçoivent parfois comme extrêmement complexe lorsqu’il s’agit des matrices d’encodage, la principale difficulté tient à l’identification des éléments du projet à incorporer dans les lignes et dans les colonnes de la matrice. En effet, pour pouvoir construire une matrice, il est nécessaire d’avoir au préalable créé tous les éléments requis dans le projet.

Commencez par dessiner la matrice que vous souhaitez créer sur une feuille de papier et demandez vous à quels types d’éléments correspondent ses lignes et ses colonnes. Si ces derniers ne figurent pas dans NVivo, commencez par les créer (nous pensons ici particulièrement aux valeurs d’attributs qui sont liées aux caractéristiques des sources et aux caractéristiques de nœuds).

Rassurez le lecteur sur la fiabilité de votre codage avant de vous livrer à tout exercice de quantification de votre analyse

La quantification des résultats de l’analyse est toujours le fruit d’un long processus d’analyse. Partez du principe que pour faire de la bonne cuisine, il convient d’avoir de bons ingrédients. Les chiffres affichés dans la matrice dépendent de la rigueur de votre analyse. Il convient donc de donner au lecteur tous les éléments qui lui permettront d’apprécier le sérieux de votre démarche avant de lui livrer les résultats sous forme numérique.

En outre, les matrices peuvent parfois masquer la richesse des données qualitatives et les éléments de contextes indispensable à la compréhension des résultats. Ce n’est pas parce que vous utilisez des matrices que vous devez vous abstenir de présenter des éléments plus littéraires à vos lecteurs tels que des verbatims.

Faites preuve de prudence avec la quantification

Comme nous l’avons mentionné à plusieurs reprise, la quantification reste un sujet sensible au sein de la communauté des chercheurs qualitativistes. Ce problème est particulièrement aigu dans le cadre des processus de soumission d’articles à des revues scientifiques où les évaluateurs peuvent venir de tribus méthodologiques très différentes. Pour éviter de vous retrouver pris entre des feux croisés (et d’en être la victime collatérale), nous vous conseillons de ne quantifier les résultats que sur demande expresse des évaluateurs.

Une fois que votre article est entré dans le processus de révisions, faites également attention aux changements des chiffres figurant dans la matrice découlant d’analyses complémentaires demandées par un des évaluateurs. Ces modifications dans les matrices pourraient injustement être interprétées par les autres évaluateurs comme un manque de rigueur de votre part. Dans ce cas, veillez à devancer les critiques et à expliquer dans votre lettre de réponse aux évaluateurs pourquoi les chiffres figurant dans votre article ont été modifiés.

Références

 

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